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>>Chirurgie pédiatrique : du mini-invasif pour tous !

Prof. Steyaert

Le Pr Henri Steyaert est le nouveau responsable du département de chirurgie Pédiatrique. Ce spécialiste de la chirurgie laparoscopique a l'ambition de généraliser une philosophie mini-invasive globale à toute prise en charge d'un enfant.

Osiris News: Comment êtes-vous devenu chirurgien pédiatrique?

Pr Henri Steyaert: Au début de mes études, je voulais être psychiatre. Mais lors de mon premier stage, au pavillon de psychiatrie du CHU Brugmann, j'ai réalisé que c'était bien trop violent pour moi… Par contre, la première fois que j'ai participé à une intervention chirurgicale sur un enfant, j'ai su que ce serait mon truc! Le problème, c'est que cette spécialité n'est pas reconnue comme telle en Belgique. Ce qui est une aberration! Contrairement à la chirurgie adulte, qui traite des maladies acquises, la chirurgie pédiatrique s'occupe essentiellement de malformations congénitales. Elle est plus conservatrice puisqu'elle s'exerce sur des corps "non finis", en pleine croissance, des enfants qui ont encore toute une vie devant eux. Je suis donc allé me former en France, essentiellement à l'Hôpital Necker à Paris, institution internationalement connue à la pointe de la chirurgie pédiatrique.

Vous êtes l'un des pionniers de la chirurgie par laparoscopie (dite aussi chirurgie mini-invasive)*. Comment avez-vous découvert et appris à utiliser cette technique?

En 1993, j'ai été engagé à la Fondation Lenval, à Nice, où j'ai rencontré le Pr Valla. Il commençait tout juste à opérer par laparoscopie, particulièrement en urologie. Nous avons sympathisé et je m'y suis mis. J'ai appris avec… une boîte à chaussures! Je la remplissais de petits objets, j'y introduisais une caméra et de vieux instruments chirurgicaux, et je m'exerçais. Nous avons alors entamé une période extraordinaire de développement de cette chirurgie et réalisé de nombreuses «premières». Aujourd'hui, plus personne ne remet en cause l'efficacité et les avantages de la chirurgie mini-invasive (CMI). Les Américains en parlent même comme de la seconde Révolution française! Mais à l'époque, de nombreux médecins estimaient qu'"il n'y a pas de grande chirurgie sans grande cicatrice"…

Selon vous, quelles sont les perspectives d'avenir de ces techniques, notamment à l'HUDERF?

Actuellement, l'une des perspectives les plus intéressantes est la "Single Incision Laparoscopic Surgery" (SILS) qui consiste à opérer uniquement via le nombril. La technique n'en est encore qu'à ses débuts et il y a toute une série de problèmes techniques à résoudre. Mais la perspective d'opérer sans cicatrice est très enthousiasmante! Pour cela, nous avons besoin d'un robot-chirurgien… et d'1,5 million d'euros!
En attendant, je souhaite développer la chirurgie mini-invasive à l'HUDERF. Je fonde beaucoup d'espoirs sur les futurs
blocs opératoires intégrés, totalement dévolus à la laparoscopie. Ces techniques méritent d'être davantage utilisées, notamment sur les nouveau-nés et les enfants atteints d'un cancer.

Vous viviez depuis près de 20 ans à Saint-Paul-de-Vence dans le Sud de la France. Qu'est-ce qui vous a motivé à quitter le soleil provençal pour la grisaille bruxelloise?

Je suis parti pour devancer le réchauffement climatique (rires)! Sérieusement, j'ai pensé qu'il était temps de rendre un peu à mon université ce qu'elle m'avait donné. La libre-pensée a façonné ma carrière. Chaque acte médical doit être réfléchi, prouvé, justifié scientifiquement. Il faut sans cesse s'interroger sur les pratiques et ne pas les suivre aveuglément sans savoir pourquoi! Je suis partisan du concept même de mini-invasif. Selon moi, médecins, infirmières et aides-soignantes devraient tous les jours se poser la question de l'utilité d'un geste ou de matériel invasif (perfusion, sonde, antibiotiques, etc.) et surveiller heure par heure la douleur de l'enfant. Tout ceci devrait être acté par écrit, afin que les parents soient certains que leur enfant aura juste ce dont il a besoin, pas plus.

En tant que nouveau responsable médical du Département Inter-hospitalier de Chirurgie Pédiatrique, quelles sont vos missions?

Outre l'enseignement et la recherche, mon premier défi consiste à réorganiser la chirurgie pédiatrique dans le réseau IRIS, de façon cohérente, sous la houlette de l'HUDERF. À cet égard, j'ai déjà doublé les lignes de garde avec le CHU Saint-Pierre. Par exemple, si l'un de leurs jeunes patients a besoin d'un service de réanimation pédiatrique, comme il n'y en a pas là-bas, il viendra ici, à l'HUDERF. Et vice-versa. Objectifs: que l'enfant soit soigné là où il sera le mieux pris en charge et que la continuité des soins de chirurgie pédiatrique soit parfaitement assurée dans tout le réseau IRIS.

* La chirurgie par laparoscopie consiste à réaliser des opérations à l'aide d'une minuscule caméra vidéo et d'instruments chirurgicaux très fins, introduits par de petites incisions cutanées.

Henri Steyaert:: CV express ::
>1984 Docteur en médecine de l'ULB.
>1987 Stage en chirurgie pédiatrique à rouen.
>1990-92 Résident en chirurgie pédiatrique à l'Hôpital necker à Paris.
>1991 Diplôme de chirurgie générale (ULB).
>1992-93 Résident en chirurgie pédiatrique et urologie à l'Hôpital des Enfants de Toulouse.
>1993 Obtention de la Compétence française de Chirurgie pédiatrique exclusive.
>1993-2011 Chirurgien pédiatre à la Fondation Lenval (Nice).
>1994 Devient membre de l'international Pediatric endoscopic Group (IPEG).
>1996 Diplôme universitaire de Médecine fœtale, Université Paris V.
>1997 Certification en chirurgie pédiatrique auprès de l'European Board of Pediatric Ssurgery.
>2012 Responsable médical du Département inter-hospitalier de Chirurgie Pédiatrique à l'HUDERF.
:: Voile et toile :: Dans la famille Steyaert, on a le pied marin, le goût des voyages et la fibre artistique. "Mon fils Hugo et moi adorons faire de la voile. Glisser sur l'eau à 15/20 nœuds donne un sentiment de liberté incomparable!" Quant à Madame Steyaert-Hendrice, anesthésiste, elle partage avec son époux une passion pour l'art contemporain niçois. "Nous adorerions ouvrir une galerie d'art à Bruxelles, afin de faire connaître toute la richesse culturelle et artistique de cette région."

Auteur : Candice Leblanc
Source : Osiris News (n° 26, mars-mai 2012)